À Saint Gallery, à Ibiza, j’ai été interviewé par Irina Saint sur plusieurs des thèmes qui traversent ma peinture : le désir, le corps féminin, la fantaisie, l’érotisme, ainsi que les réactions que ces œuvres suscitent chez celles et ceux qui les contemplent.

La conversation fut brève, mais elle a abordé des questions essentielles : pourquoi je peins des femmes nues, ce que représente pour moi le corps féminin, si je cherche à provoquer le spectateur, et ce que j’espère voir advenir lorsque quelqu’un s’arrête devant un tableau.
Dans cet article, je recueille et j’ordonne ces idées.

Je le fais comme une manière d’éclairer le sens d’une œuvre qui se déploie entre sensualité, projection des fantasmes et expérience intime du regard.
Dans l’entretien, j’ai répondu par une formule délibérément simple : ce qui m’inspire, c’est le désir, le mien et celui des femmes elles-mêmes. Je n’ai pas voulu l’orner, car c’est là, en vérité, que se trouve le noyau de beaucoup de ces peintures.
Le nu, dans mon travail, ne naît ni d’une volonté de scandale, ni d’une froide référence académique, ni d’un simple exercice formel. Il naît du désir entendu comme puissance imaginative : une énergie qui ne se limite pas à l’impulsion érotique, mais qui ouvre la possibilité d’incarner un fantasme, un masque, une version intensifiée de soi.
C’est pourquoi le corps féminin apparaît dans ma peinture non comme un objet muet, mais comme un territoire symbolique.
Chaque figure contient une tension entre présence physique, imagination et récit. La chair n’annule pas l’idée : elle la révèle. La nudité n’appauvrit pas le sens : elle l’expose.
J’ai également dit dans l’entretien que chaque corps représente un fantasme, le mien ou celui du modèle. Cette affirmation exige de la précision. Elle ne signifie pas que toutes les œuvres obéissent au même mécanisme, ni qu’elles procèdent toutes du même imaginaire. Elle signifie plutôt que chaque tableau a son histoire propre, et que le corps peint est, dans chaque cas, la forme visible d’un désir concret.
Parfois, ce fantasme se formule dans le registre mythologique. D’autres fois, dans le rituel. D’autres encore, dans un monde de suggestion plus intime, plus délicat ou plus ludique. Ce qui importe, c’est que je ne représente pas le corps comme une simple anatomie, mais comme l’incarnation d’un désir d’être, de paraître, de jouer, de s’exposer ou de se reconnaître.
En ce sens, la figure féminine m’intéresse parce qu’elle admet une complexité visuelle et symbolique extraordinaire. Elle peut être à la fois vulnérable et souveraine, sensuelle et mentale, terrestre et fabuleuse.
L’une des œuvres mentionnées dans l’entretien fut Medusa. J’ai alors expliqué que le modèle souhaitait que je la peigne comme un être mythologique, que j’ai choisi Méduse, que je le lui ai proposé, et qu’elle a trouvé l’idée juste. J’ai ajouté un détail auquel j’accorde une importance particulière : il s’agit d’un tableau singulier parce que, pour autant que j’aie pu le constater, il n’existe pas dans l’histoire de l’art d’autre représentation de Méduse où tous les serpents soient différents et correspondent, de surcroît, à des espèces réelles.

Cette précision zoologique n’est pas un caprice ornemental. Elle introduit dans l’image une densité particulière. Pendant des siècles, Méduse a été une figure chargée de projections masculines : monstre, châtiment, menace, fascination pétrifiante. Dans ma peinture, sans cesser d’être puissante, elle conserve une dimension érotique qui n’exclut pas le mystère. Les serpents réels renforcent la corporéité du mythe : ils empêchent le fabuleux de s’éloigner du monde et le font adhérer à lui avec une étrange vraisemblance.
Lorsque le mythologique fonctionne, il ne sert pas à fuir la chair, mais à y revenir avec une intensité accrue. Dans Méduse, le désir et le danger ne se contredisent pas. Ils se frôlent. Ils s’entrelacent. Ils se justifient mutuellement.
Une autre œuvre citée fut Leina Hada de los Bosques, située dans un registre de fantaisie. La peinture montre une figure féminine nue, dotée d’ailes translucides, dans un environnement de végétation dense et d’eau, comme si le corps surgissait à la fois de la forêt, du reflet et de la fable.

Dans l’entretien, je n’ai pas davantage développé cette œuvre, mais j’ai dit quelque chose de décisif : chaque tableau a son histoire. Dans ce cas, cette histoire s’articule à partir d’un imaginaire féerique qui ne supprime pas l’érotisme, mais le rend plus subtil et plus cultivé. La nudité n’apparaît pas détachée de son milieu, mais intégrée à une atmosphère d’enchantement. La figure ne se contente pas de s’exhiber : elle advient.
Il est des tableaux qui naissent de la tension, et d’autres de l’enchantement. Leina appartient à cette seconde lignée. Sa sensualité n’est ni violente ni théâtrale ; elle est enveloppante. Elle ne propose pas une allégorie close, mais bien une évidence : la fantaisie peut être une forme de vérité intime.
Dans l’entretien, j’ai également parlé de Diosas danzando qui souhaitaient être peintes dansant comme si elles étaient une sorte de sorcières au sabbat. L’œuvre présente deux corps nus en mouvement, unis par une chorégraphie de bras, de torses et de regards intérieurs, sur un fond chromatique vibrant qui intensifie l’impression de transe.

Ici, l’érotisme se déplace vers le rythme, vers la cérémonie, vers une énergie partagée. Ce n’est pas le corps isolé qui soutient l’image, mais la relation entre deux présences qui semblent invoquer quelque chose qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer pour le ressentir. Le tableau se situe entre la danse et l’incantation, entre la sensualité et une forme de puissance archaïque.
La référence au sabbat ne doit pas être lue comme un folklore superficiel. Elle porte une intuition sérieuse : celle d’un espace où le corps féminin cesse d’être contemplé de l’extérieur pour devenir un centre actif d’intensité, de désir et de métamorphose.
L’une des questions les plus directes de l’entretien fut de savoir si je cherche à provoquer le spectateur ou à transmettre un message. Ma réponse fut claire : je ne cherche pas à provoquer. Ce que je cherche, c’est que celle ou celui qui regarde les tableaux réfléchisse à soi-même, à sa sexualité, à l’érotisme.
Je sais, bien sûr, que ces images peuvent paraître provocantes. Le nier serait naïf. Mais une œuvre peut provoquer sans que la provocation soit sa finalité. Dans mon cas, il ne s’agit pas de scandaliser, mais d’ouvrir un espace de conscience. Ce qui m’intéresse, c’est que le spectateur prenne conscience de son propre regard, qu’il perçoive ce qui l’attire, ce qui le trouble, quels fantasmes il reconnaît, quels préjugés il active, quelle liberté il s’accorde ou se refuse.
L’érotisme, lorsqu’il mérite ce nom, ne se réduit pas à une excitation immédiate. Il est aussi une forme de connaissance. Il révèle des zones du désir, de l’identité et de l’imagination qui apparaissent rarement avec une telle netteté.
Dans l’entretien, j’ai expliqué que les réactions à ma peinture ont été très diverses. J’ai subi la censure avec une relative fréquence : des profils m’ont été fermés sur les réseaux sociaux. Mais j’ai aussi reçu des réactions très positives, en particulier, et cela me paraît significatif, de la part de nombreuses femmes.
Certaines sont allées jusqu’à me dire que j’étais un peintre féministe. Je n’emploie pas ici cette expression comme un slogan ni comme une étiquette de circonstance, mais comme le témoignage d’une réception concrète. Si certaines femmes ont lu mon travail de cette manière, c’est qu’elles y ont perçu autre chose qu’une exploitation visuelle du nu. Elles ont vu, peut-être, que derrière ces figures se trouve une attention portée au fantasme féminin, à sa puissance symbolique, à son autonomie imaginaire.
La censure, en revanche, opère le plus souvent avec un regard grossier. Elle confond nudité et obscénité, érotisme et absence de pensée, intensité et menace. Pourtant, l’art érotique appartient à une tradition longue, complexe et noble. Il exige du discernement. Et c’est précisément pour cela qu’il continue de déranger : parce qu’il oblige à regarder là où beaucoup préféreraient simplifier.
Lorsqu’on m’a demandé quelles émotions j’espérais susciter en exposant mes tableaux, j’ai répondu que, au-delà de l’émotion esthétique, j’aimerais qu’il y ait des femmes qui se sentent reflétées dans les fantasmes que je peins. Qu’elles puissent se dire : je ne suis pas la seule à avoir envie d’être Méduse, ou une fée, ou nue dans un musée du Vatican.
Cette réponse contient quelque chose d’essentiel de ma peinture : le désir de reconnaissance. Il ne m’importe pas seulement que le tableau soit admiré ; je souhaite qu’il soit intérieurement habité par celle ou celui qui le contemple. Que quelqu’un s’y découvre. Que quelqu’un comprenne que son imagination, si singulière qu’elle puisse paraître, n’est pas seule.
L’art peut légitimer des régions secrètes de la sensibilité. Il peut dire, par les images, ce que beaucoup n’ont pas encore trouvé le moyen de formuler.
La dernière partie de l’entretien se tournait vers l’avenir. J’ai alors dit que mes projets consistent à continuer de faire ce que j’aime. Et lorsqu’on m’a demandé ce que je prétendais atteindre, j’ai répondu que je prétends simplement jouir de ce que je fais et que les autres jouissent de ce qu’ils voient. Et s’ils ne veulent pas en jouir, qu’ils ne regardent pas.
Il n’y a dans cette réponse aucun dédain, mais plutôt une certaine éthique de la liberté. Peindre, pour moi, n’est pas un programme de respectabilité. C’est une pratique vitale. Une forme de fidélité à mon propre imaginaire. Une discipline du plaisir visuel et de la pensée propre.
C’est peut-être pour cela que mes tableaux reviennent avec insistance à la nudité, au symbole et à la fantaisie : parce que j’y trouve une vérité qui n’a pas besoin de justification extérieure. L’art n’est pas toujours tenu de démontrer. Il lui suffit parfois de se révéler.
Comme il l’explique dans l’entretien, c’est le désir qui l’inspire : le sien et celui des femmes elles-mêmes.
Dans son œuvre, chaque corps représente un fantasme, qu’il soit celui du peintre ou celui du modèle. Chaque tableau a une histoire différente.
Non. Il affirme qu’il ne cherche pas à provoquer, bien qu’il reconnaisse que ses œuvres puissent être provocantes. Son intention est d’inviter à la réflexion sur la sexualité et l’érotisme.
Il a reçu des réactions très diverses : de la censure sur les réseaux sociaux jusqu’à des appréciations très positives, en particulier de la part de femmes.
Il espère que, au-delà d’une émotion esthétique, certaines personnes, et en particulier certaines femmes, se sentent reflétées dans les fantasmes que l’œuvre représente.
Le désir, le corps féminin, l’érotisme en peinture, la censure sur les réseaux sociaux et la portée symbolique de mes œuvres.